Combien de mamans  posent la question du bienfondé de cette position lors des cours de portage ou sur les forums de discussions ?? Pratiquement toutes !  Inévitablement, la réponse tombe comme un couperet : "surtout pas, cette position n'est pas physiologique, elle n'est pas bonne pour l'enfant qui reçoit alors trop de sollicitations visuelles et auditives".

Pourtant, nous portons toutes nos enfants à bras, face au monde, en plaçant l'enfant sur notre hanche, un bras passant d'une épaule à l'entre-jambe de bébé.

Certes, la position face au monde est un peu spéciale, elle demande un de l'attention, à la fois dans le positionnement de l'enfant, qui doit alors avoir le dos calé contre le porteur et le bassin basculé en arrière, selon la fameuse position dite du boudha, mais également pour le porteur, qui doit être à l'écoute des sensations qu'il ressent dans ce portage là : tensions dans les épaules, dans les reins, dans le ventre, mais ces précautions sont valables pour toutes les positions de portage, quelles qu'elles soient.

Accompagner les parents-porteurs à indentifier ces sensations et à les ressentir, c'est le rôle de la personne qui anime le cours de portage.

A partir de 3 mois, l'enfant a besoin de "voir" ce qui se passe dans son environnement, il tourne la tête et se jette parfois en arrière, ce qui provoque des tensions que les ostéophates connaissent bien, si l'enfant n'est pas correctement assis sur sa base. A ce moment-là de son développement, on peut tout à fait proposer au petit curieux le portage face au monde, qui va l'ouvrir également à son univers familial et social. C'est un excellent moyen pour que l'enfant participe à la vie de la famille (lors d'une réunion par exemple) sans pour autant passer de bras à bras, ce qui est difficilement acceptée ou acceptable par les toutes jeunes mamans (et les moins jeunes aussi !)

J'ai aussi découvert que je pouvais proposer la position face au monde en boudha dans mes cours, lorsque je vois arriver une jeune mère et son enfant déjà âgé de plus de 3 mois. Proposer d'emblée un face à face, ventre contre ventre à un enfant qui a déjà la perception et la curiosité de son environnement, pose souvent problème, l'enfant lutte, s'arque-boutte, rouspète, pleure, s'enerve et la maman perd alors totalement confiance et se dit qu'il est trop tard pour le porter en écharpe .... alors, doucement, je propose à la mère de positionner son bébé en boudha, face au monde, en lui parlant et en le berçant, ce que font généralement instinctivement les mères, lors des séances portage, et que l'on fait toutes, instinctivement, en portant nos enfants à bras.

Vous allez me contre-argumenter que l'on peut plus facilement proposer un portage sur la hanche, l'enfant étant alors ancré sur le bassin de sa mère. Oui, mais parfois, les enfants de 3 mois n'ont pas le bassin suffisamment ouvert pour permettre ce portage, et les mamans ne sont pas prêtes à lâcher le corps à corps avec leur petit aussi rapidement. Une fois l'enfant rassasié de ses nouvelles sensations, de cet enveloppement par l'écharpe, on peut, dès que les premiers signes de fatigues apparaissent, le positionner contre sa maman, en ventre à ventre et immanquablement, le petit va alors s'appaiser, se relâcher et s'endormir en 5 min top chrono, pour le plus grand plaisir de sa mère, qui rayonne à ce moment-là.

Il est un cas également intéressant pour proposer le portage face au monde : l'enfant présentant de fortes colliques ou régurgitations +++ ; positionner les jambes assez hautes par rapport à son ventre, celles-ci calent les intestins capricieux et soulagent instantanément l'enfant. Les ostéos avec qui je bosse m'envoient souvent des mamans pour ces problèmes là ; l'enfant ainsi positionné relâche le bas de son dos, soulage ses tensions crânios-sacrés.

Un enfant apaisé est un enfant serein et une maman des plus heureuses, parce qu'elle a réussi à entendre son petit et à le soulager.

Pour conclure, je pense qu'il ne faut pas rejeter en bloc cette position, à la fois parce qu'elle fait partie du quotidien des parents, à bras le plus souvent, et parce qu'elle contribue à promouvoir le portage comme bienfait thérapeutique, aspect souvent négligé mais pourtant très important. Car le portage est un outil à la parentalité naturelle, et cet outil devrait être proposé le plus largement au plus grand nombre, dans le respect de ce que souhaitent les parents, avec humilité, parce que ce sont eux, au final, qui savent le mieux ce qui est bon pour leur enfant.

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