Il règne depuis quelques jours, sur les réseaux sociaux, un climat de révolution C'est parti d'un article, largement diffusé, partagé, commenté à grands renforts de commentaires souvent au ras des pâquerettes : Le vénézuéla va interdir les biberons et imposer l'allaitement pour toutes les femmes !!!

Or, comme toujours dans ce genre de cas, tout le monde s'est emballé, personne n'est allé vraiment vérifier ce qu'il en était de ce projet de loi vénézuélien. Le Vénézuéla est certes loin de la France, je ne suis même pas certaine que beaucoup sache le situer sur la carte du monde, (c'est en Amérique du Sud, situé sur la Cordillère des Andes, voisin du Brésil, le Guyana et la Colombie), un pays immense, un pays qui n'est surement pas un modèle démocratique comme on peut l'entendre en Europe, mais ce n'est pas un didacture non plus. Il n'est donc pas question d'imposer  loi liberticide dans ce pays.

Il est question de faire évoluer une loi datant de 2007 sur la promotion de l'allaitement maternel, en interdisant la promotion des préparations infantiles et des biberons dans les centres de santé publics et privés. Le projet de loi propose également de sanctionner les médecins qui proposeraient des préparations infantiles en lieu et place de soutenir l'allaitement, sauf impératif de santé, comprendre là que si la santé de la mère ou de l'enfant ne le permette pas, les médecins pourront prescrire des laits de substitution mais que la promotion et le soutien de l'allaitement doit être une priorité au Vénézuéla.

Le taux d'allaitement à l'heure actuelle est de 24 %, contre 70 % environ en France et 98 % à la Norvège. Cela écrit, ça ne veut strictement rien dire, si on ne précise pas qu'il y a un véritable programme de soutien d'une part de l'allaitement en Norvège, d'autre part, que tous les professionnels de santé sont formés à l'allaitement et à ses difficultés, c'est une obligation institutionnelle !! La formation continue est obligatoire quand elle est optionnelle en France, au bon vouloir du professionnel. Dans un cas,  c'est obligatoire (la Norvège) dans l'autre, c'est une démarche personnelle (la France). On comprend mieux pourquoi certaines mamans sont bien suivies et pourquoi d'autres sont larguées dans la nature, avec leur bébé tout frais et leurs seins tous douloureux .....

Le ministère de la Santé vénézuélien espère donc avoir un taux d'allaitement proche de celui des françaises, soit 70 % à la maternité, (sachant que le taux tombe à 54 % à un mois de vie de l'enfant). Pour se faire, le gouvernement vénézuélien se réfère aux recommandations de l'OMS qui dit "«L’allaitement est le moyen idéal d’apporter aux nourrissons tous les nutriments dont ils ont besoin pour grandir et se développer en bonne santé. Pratiquement toutes les mères peuvent allaiter, si elles ont des informations précises et le soutien de leur famille comme du système de soins.»

Cette même OMS, préoccupée par la prise de position sur les marché de la petite enfance par le biais de publicité omniprésente, a mis en place, en 1981, le Code international de commercialisation des substituts de lait maternels. En voici les principes fondamentaux :

 

Article 1 : But du Code

Le but du présent Code est de contribuer à procurer aux nourrissons une nutrition sûre et adéquate en protégeant et en encourageant l'allaitement au sein et en assurant une utilisation correcte des substituts du lait materel, quand ceux-ci sont nécessaires, sur la base d'une information adéquate et au moyen d'une commercialisation et d'une distribution appropriées.

Article 2 : Champ d'application du Code

Le présent Code s'applique à la commercialisation et aux pratiques y relatives des produits suivants : substituts du lait maternel, y compris les préparations pour nourrissons, autres produits lactés, aliments et boissons, y compris les aliments de compléments donnés au biberon, quand ils sont commercialisés ou présenté de toute autre manière comme appropriés, avec ou sans modification, pour remplacer partiellement ou totalement le lait maternel ; biberons et tétines. Il s'applique aussi à la qualité et à la disponibilité de ces produits et à l'information concernant leur utilisation.

 

Article 3 : Définitions

Aux fins du présent code par :

on entend :

Agent de santé : une personne travaillant dans un service relevant d'un système de soins de santé, au niveau professionel ou non professionnel, y compris à titre bénévole, sans rémunération.

Aliment de complément : tout aliment fabriqué industriellement ou confectionné sur le plan local, pouvant convenir comme complément du lait maternel ou des préparations pour nourrissons, quand le lait maternel ou les préparations ne suffisent plus pour satisfaire les besoins nutritionnels du nourrisson. De tels aliments sont aussi communément appelés "aliments de sevrage" ou "compléments du lait maternel".

Commercialisation : promotion, distribution, vente, publicité d'un produit, relations avec le public et services d'information le concernant.

Distributeur : une personne, une société ou toute autre entité du secteur public ou privé, se livrant (directement ou indirectement) à la commercialisation d'un produit visé par le présent Code au niveau de la vente en gros ou au détail. Le "distributeur en gros" est l'agent de vente d'un fabricant, son représentant, son distributeur national ou son courtier.

Echantillons : des exemplaires uniques ou des petites quantités d'un produit, fournis gratuitement.

Emballage : toute forme de conditionnement des produits pour leur vente au détail, en tant qu'unités normales, y compris le papier d'emballage.

Etiquette : ou l'étiquette proprement dite, tout label, marque, signe figurant ou autrement descriptif, écrit, imprimé, stencilé, marqué, estampé ou empreint, ou fixé sur l'emballage (voir-ci dessus) de tout produit visé par le présent Code.

Fabricant : une société ou une autre entité du secteur public ou privé ayant (soit directement, soit par l'intermédiaire d'un agent ou d'une entité qu'elle contrôle ou à laquelle elle est liée par un contrat) pour activité ou pour fonction de fabriquer un produit visé par le Code.

Personnel de commercialisation : toute personne dont les fonctions comportent la commercialisation d'un ou de plusieurs produits visés par le présent Code
.

Préparation pour nourrissons : un substitut de lait maternel formulé industriellement, conformément aux normes applicables du Codex Alimentarius, pour satisfaire les besoins nutritionnels normaux du nourisson jusqu'à l'âge de quatre à six mois et adapté à ses caractéristiques physiologiques. Ces aliments peuvent être confectionnés à domicile, auquel cas on les dit "préparation à la maison".

Stocks : quantité d'un produit fournies pour être utilisées pendant une période prolongée, gratuitement ou à bas prix, à des fins sociales, y compris celles fournies aux familles nécessiteuses.

Substituts du lait maternel : tout aliment commercialisé ou présenté de toute autre manière comme produit de remplacement partiel ou total du lait maternel, qu'il convienne ou non à cet usage.

Système de soins de santé : les institutions ou organisation gouvernementales, non gouvernementales ou privées destinées à assurer, directement ou indirectement, des soins de santé aux mères, aux nourrissons et aux femmes enceintes, ainsi que les crèches, ou les institutions de soins aux enfants. Le système de soins de santé comprend aussi les agents de santé exerçant à titre privé. Il n'englobe pas, aux fins du présent Code, les pharmacies ou autres points de vente régulier.

 

Article 4 : Information et éducation

 

Les gouvernements devraient assurmer la responsabilité de veiller à ce qu'une information objective et cohérente sur l'alimentation du nourrisson et du jeune enfant soit fournies aux familles et à tous ceux qui jouent un rôle dans le domaine de la nutrition du nourrisson et du jeune enfant. Cette responsabilité devrait s'appliquer soit à la planification, à la distribution, à la conception et à la diffusion de l'information, soit au contrôle de ces activités.

Les matériels à but d'information et d'éducation, qu'il s'agisse de documentation écrite ou de matériel audio-visuel, établis à l'intention des femmes enceintes et des mères de nourrissons et de jeunes enfants et portant sur l'alimentation des nourrissons, devraient comporter des renseignements clairs sur tout ce qui suit :

a) les avantages et la supériorité de l'allaitement au sein

b) la nutritrion maternelle et la façon de se préparer à l'allaitement au sein et de le poursuivre

c) l'effet négatif d'une alimentation partielle au biberon sur l'allaitement au sein

d) la difficulté de revenir sur la décision de ne pas nourrir son enfant au sein

e) en cas de besoin, l'utilisation correcte des préparations pour nourrissons, qu'elles soient industrielles ou confectionnées à la maison. Lorsqu'ils contiennent des renseignements sur l'utilisation des préparations pour nourrissons, ces matériels devraient faire états des incidences sociales et financières de cette utilisation et signaler les dangers pour la sénté de l'utilisation d'aliments ou de méthodes d'alimentation inadéquats et, en particulier, de l'utilisation non nécessaire ou incorrecte des préparations pour nourrissons ou autres substituts du lait maternel. Ces matériels ne devraient employer aucune image ou texte de nature à idéaliser l'utilisation de substituts de lait maternel.

Les fabricants ou les distributeurs ne devraient faire de dons d'équipement ou de matériels à but d'information ou d'éducation qu'à la demande et avec l'approbation écrite de l'autorité publique compétente ou dans le cadre des directives énoncées à cet effet par les pouvoirs publics. De tels équipements ou matériels pourront porter le nom ou l'emblème de la firme donatrice mais ne devraient pas faire spécifiquement référence à un produit commercialisé par le présent Code et ne devraient être distribués que par l'entremise du système de soins de santé.

 

Article 5 : Grand public et mères

 

Il ne devrait y avoir ni publicité, ni aucune forme de promotion auprès du grand public de produits visés par le présent Code.

Les fabricants et les distributeurs ne devraient fournir ni directement ni indirectement aux femmes enceintes, aux mères et aux membres de leurs familles des échantillons de produits visé par le présent Code.

Conformément aux paragraphes 5.1 et 5.2, il ne devrait y avoir pour les produits visés par le présent Code ni publicité aux points de vente, ni distribution d'échantillons, ni aucune autre pratiques promotionnelle de la vente directe aux consommateurs au niveau du commerce de détail, telle qu'étalages spéciaux, bons de réduction, primes, ventes spéciales, ventes à perts et ventes couplées. Cette dispositon ne devrait pas restreindre l'élaboration de politiques et de pratiques en matière de prix visant, à long terme, à fournir des produits à meilleur marché.

Fabricants et distributeurs ne devraient pas distribuer en cadeaux aux femmes enceinte ni aux mères de nourrissons et de jeunes enfants des articles ou ustensiles de nature à promouvoir l'utilisation de substituts du lait maternel ou l'alimentation au biberon.

Le personnel de commercialisation ne devrait pas chercher à avoir, à titre professionnel, des contacts directs ou indirects d'aucune sorte avec les femmes enceintes ou les mères de nourrissons et de jeunes enfants. (...)

 

A lire ces 5 premiers articles, vous en conviendrez, en France, l'application du Code laisse encore à désirer.

Quant au Vénézuéla, ce projet de loi ne vise qu'à la mise en place de ce Code, sans doute d'une façon plus drastique qu'il ne l'est dans d'autres pays. On ne peut que s'en féliciter, quand on connait le nombre de décès par jour d'enfants mal nutris, du fait de la méconnaissance d'une part, de l'importance de l'allaitement pour le nourrisson et le jeune enfant, d'autre part, par le jeu des croyances, à lire : ici ou là .